you are so beautiful

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dimanche

Ce père..se perd

Je me souviens de lui, un peu, pourtant il vivait avec nous, mais je ne saurais dire qui il était.
Il bossait la nuit et nous ses enfants le jour ne devions faire de bruit.
L'absence-présence, drôle de ressentiments. Il n'avait pas sa place, même à table il n'avait pas sa place, il mangeait en décalé, seul, tout seul, à n'importe qu'elle heure du jour ou de la nuit.
Parfois j'arrivais à deux du matin, moi les yeux exorbités par l'illicite et lui défoncé par le licite.
On mangeait face à face, comme deux étrangers qui se connaissaient un peu toute fois.
Deux ou trois mots échangés, histoire de croire que l'on s'aimait...Il baragouinait des mots soufflés, intériorises depuis tant d'années...et moi je tentais de comprendre ce qu'il voulait me dire.
Aujourd'hui, je sais qu'il soufrait, mais ne pouvait nous le crier, nous le prier, la honte ou la pudeur, ou la faiblesse, je ne sais...
Le soir avant de me coucher, je priais en silence, que Dieu me fasse dormir avant sa venue, oublier ses divagations alcoolisées, je ne pouvais plus les entendre, tendre l'oreille afin de les décrypter..alors je priais, je priais..
Des cheveux noirs de jais, plaqués par la gomina quand avait sa dose non autorisée par la loi une mèche rebelle descendait sur son front et là je savais qu'il fallait faire profil bas, ne plus respirer, ne plus être en vie, se faire oublier, drôle de vie..
Alors je fuyais la maison, ce cocon.Ma famille est devenue celle de dehors .Mes potes devenaient plus important que ce "non père".Je me suis construite comme cela, heureusement qu'ils étaient là.
Puis le dernier accident de la route lui fut fatal, enfin mon coeur, mon esprit n'étaient plus en déroute.
Soulagée de ne plus le voir souffrir en silence, il s'y est plongé seul, tout seul.S'il avait vécu un peu plus, je me serais décidée de lui dire que malgré tout je l'aimais..Méa culpa..

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